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Propositions d’amendements au projet de loi d’orientation de l’éducation nationale

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Coodination des Associations culturelles

  1. Au titre II, faire figurer parmi les finalités de l’école mauritanienne :
    « une école respectueuse de notre diversité culturelle et linguistique ».
  2. Au Titre II : Dans les finalités liées à l’instruction, ajouter le tiret suivant après : « l’école enrichira les potentiels culturels et cognitifs, physiques et psychologiques permettant » :
    – « de maîtriser les langues nationales pulaar, sooninke et wolof, instruments d’acquisition du savoir à tous les niveaux d’enseignement, moyen de communication sociale, outils de travail et de production intellectuelle ».
  3. Au titre III, section enseignement des adultes, mentionner :
    « l’alphabétisation est assurée dans les langues nationales arabe, pulaar, sooninke et wolof ».
  4. Au Titre V, chapitre 2 « des langues », on peut lire, notamment :

« Le Chapitre 2 intitulé « Des langues »instaure une nouvelle politique linguistique nationale instituant l’enseignement du poular, du soninké et du wolof en tant que langues nationales, renforçant l’enseignement de l’arabe en tant que langue nationale et officielle… » ;

Ce paragraphe doit être reformulé comme suit :
« 
une nouvelle politique linguistique nationale instituant l’enseignement en pulaar, en sooninke et en wolof en tant que langues nationales à officialiser, et qui, à terme, doivent donner les mêmes débouchés que l’autre langue nationale, l’arabe ».

En effet selon le rapport général : «Toutes nos langues nationales s’équivalent au regard de notre devise nationale : honneur, fraternité et justice. »

  • La Section 1 du Titre V: « De l’enseignement des langues nationales » stipule que : « L’enseignement est dispensé en langue arabe à tous les niveaux d’éducation, aussi bien dans les établissements publics que dans les établissements privés d’éducation et d’enseignement. » et que  « L’enseignement des autres langues nationales (poular, soninké, wolof) est introduit, promu et développé dans le système éducatif en fonction de la demande exprimée pour chacune de ces langues le cas échéant. »

Ce paragraphe doit être intitulé comme dans les « Mesures de réforme » du Rapport général à savoir :
« 
L’enseignement est dispensé à tous les niveaux aux enfants mauritaniens dans les langues nationales : l’arabe, le Pulaar, le Sooninke et le wolof. »

Pour la Coordination, l’enseignement en langues nationales à tous les niveaux doit être une option de l’Etat et non « à la demande », et ne doit pas ouvrir la voie à des interprétations… Dans la pratique, pour le pulaar, le sooninke et le wolof, cet enseignement se fera selon leur degré de préparation (tâche confiée à une structure chargée de leur développement comme l’ancien ILN), dans l’enseignement fondamental d’abord, puis dans le secondaire et le supérieur.

  • Dans la Section 1 Titre V : « De l’enseignement des langues nationales », il est écrit : « L’arabe est enseigné à tous les enfants non arabophones comme langue de communication et comme véhicule d’apprentissage d’autres disciplines. »

Ce paragraphe doit s’écrire :

« L’arabe est enseigné à tous les enfants non arabophones comme langue de communication » et
« Tout enfant arabophone doit apprendre au moins l’une des trois autres langues nationales, le pulaar, le sooninke ou le wolof. »

Pour la Coordination il doit être écrit dans la loi :
« Au niveau du fondamental, chaque enfant mauritanien effectue tous ses apprentissages dans sa langue maternelle ».

En effet, selon le Rapport général : « Le choix des langues d’enseignement dans l’Ecole réunifiée doit obéir à l’impératif d’offrir l’accès le plus facile, le plus efficace et le plus équitable au savoir. D’où l’impérieuse nécessité d’accorder une importance capitale à l’enseignement en langues maternelles et d’assurer un choix judicieux des langues d’ouverture ».

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  • Dans les annexes au projet de loi figure le chapitre « Mesures transitoires ».

Il faut souligner que ce chapitre n’a pas fait l’objet d’un consensus pendant les JNC parce qu’il n’a pas été discuté. Son retrait a été demandé juste après la lecture du rapport par les représentants de la Coordination. Cette demande a été réitérée au MEN lors de l’audience qu’il a accordée au présidents des associations composant la Coordination, et il a été proposé de confier la gestion de la période transitoire à une commission technique.

Il est notamment mentionné dans cette annexe : « Pour l’enseignement préscolaire » : « Les activités ludiques et d’éveil sont développés en langues nationales : l’arabe, le Poular, le Soninké et le Wolof. », « L’apprentissage des connaissances et aptitudes de compréhension et d’expression, est effectué en langue arabe, avec l’appui, si besoin est, sur les autres langues nationales »  ; « L’apprentissage de l’alphabet arabe et l’acquisition de compétences de mémorisation pour un enseignement précoce du saint coran. »

Ce paragraphe doit être remplacé par :
« pour l’enseignement préscolaire, toutes les activités ludiques et d’éveil, tous les apprentissages des connaissances et aptitudes de compréhension et d’expression, sont effectués dans la langue maternelle de l’enfant ».

Il est aberrant de faire, à ce niveau (enfants de 4 ans), un apprentissage dans une langue autre que la langue maternelle de l’enfant.

Le 23/03/22
La CAC

Déclaration à l’occasion de la Journée internationale de la langue maternelle 2026

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À l’occasion de la Journée internationale de la langue maternelle, célébrée chaque année le 21 février sous l’égide de l’UNESCO, les associations culturelles nationales réaffirment avec force que la promotion et l’enseignement dans les langues maternelles constituent un levier essentiel pour la qualité de l’éducation, la cohésion sociale et le développement durable de notre pays.

Elles rappellent également que l’officialisation des langues nationales — pulaar, sooninke et wolof — constitue une étape déterminante pour consolider leur statut, garantir leur protection et assurer leur intégration effective dans les politiques publiques. Elle représente un acte de justice linguistique favorisant l’inclusion, la participation citoyenne et la cohésion nationale.

En Mauritanie, l’année 2026 marque la deuxième année du retour à l’expérimentation de l’enseignement des langues nationales — pulaar, sooninke et wolof — dans le système éducatif. Cette étape représente une avancée importante et porteuse d’espoir, fruit de plusieurs décennies de plaidoyer des acteurs culturels, éducatifs et de la société civile.

Cependant, force est de constater que cette expérimentation se déroule dans un contexte marqué par des insuffisances structurelles qui freinent son plein déploiement et compromettent son impact.

Nous relevons notamment :

• Les difficultés persistantes dans la mise à disposition de l’Institut pour la Promotion et l’Enseignement des Langues Nationales (IPELAN) d’enseignants expérimentés et suffisamment formés ;
• La léthargie, voire la non-existence effective, de la commission chargée de la mise en œuvre de la réforme du système éducatif prévue par la loi d’orientation adoptée en 2022 ;
• L’absence à ce jour des décrets d’application indispensables à l’opérationnalisation complète de cette loi, pourtant promulguée depuis plus de trois ans, en particulier des décrets 65 à 70 relatifs aux langues ;
• La timidité de la communication et de la mobilisation institutionnelle pour faire de l’enseignement en langues maternelles une priorité nationale clairement assumée.

Ces insuffisances entretiennent une situation d’incertitude et donnent le sentiment d’une réforme conduite sans pilotage stratégique clair, alors même que les enjeux sont majeurs pour l’avenir de notre système éducatif et pour la valorisation de notre patrimoine linguistique.

Dans ce contexte, l’officialisation des langues nationales apparaît comme un levier structurant permettant de donner un cadre juridique clair et durable à leur promotion, d’assurer une meilleure allocation des ressources et de renforcer la cohérence des politiques publiques en matière d’éducation, de culture, de médias et d’administration.

En cette Journée internationale de la langue maternelle, nous appelons les pouvoirs publics à :

  1. Accélérer l’adoption et la publication des décrets d’application des articles 65 à 70 de la loi d’orientation ;
  2. Engager un processus clair et inclusif visant à consolider le statut officiel des langues nationales dans l’architecture juridique et institutionnelle du pays ;
  3. Renforcer les moyens humains et financiers alloués à l’IPELAN, notamment par la mise à disposition effective d’enseignants qualifiés ;
  4. Lancer une campagne nationale ambitieuse de sensibilisation sur les bénéfices pédagogiques et sociaux de l’enseignement en langues maternelles ;
  5. Inscrire clairement cette politique dans une vision stratégique de long terme fondée sur le multilinguisme de maintien.

La reconnaissance, la promotion et l’officialisation des langues maternelles ne relèvent pas seulement d’un impératif culturel : elles constituent une condition essentielle pour une école plus inclusive, plus équitable et plus efficace, ainsi que pour une citoyenneté pleinement partagée.

Nous réaffirmons notre disponibilité à accompagner l’État et l’ensemble des partenaires dans la réussite de cette option, dans l’intérêt des générations présentes et futures.

Nouakchott, le 21 février 2026
La Coordination des associations culturelles (CAC)

Pose de la première pierre de Galle Pulaar siège de l’Association pour la Renaissance du Pulaar en Mauritanie

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La pose de la première pierre de Galle Pulaar, siège de l’Association pour la Renaissance du Pulaar en République Islamique de Mauritanie (ARPRIM), s’est déroulée aujourd’hui mardi 23 septembre courant, à Nouakchott.

« Galle Pulaar n’est pas seulement un siège administratif. C’est une maison commune, un centre de rayonnement culturel, une forteresse pour la promotion de notre identité et de nos langues. Sa construction est un acte de mémoire, mais aussi un pari pour l’avenir », a déclaré à cette occasion, le président de l’Association Bocar Amadou Ba.

Ce moment, attendu depuis des décennies, dépasse le simple acte de bâtir : il symbolise la persévérance d’une association née en 1974, reconnue en 1976, et engagée depuis un demi-siècle dans l’éducation, l’alphabétisation et la promotion des langues nationales, a poursuit le président.

Le terrain sur lequel sera bâti ledit siège a été attribué à l’ARPRIM par décret ministériel en date du 2010.

« Un geste de l’État qui témoigne d’une reconnaissance institutionnelle, que nous saluons vivement », a affirmé à ce sujet Bocar.

Grâce à ses membres, l’ARPRIM a ouvert des milliers de centres d’alphabétisation, formé des enseignants et accompagné les grandes réformes éducatives en faveur de l’enseignement des quatre langues nationales, rappelle-t-on. Elle a toujours défendu aux côtés des associations sœurs, leur valorisation comme levier d’unité et de développement, a souligné son président.

Ces dernières années, notamment à partir de 2020, des pas importants ont été franchis grâce aux efforts appréciables et sacrifices consentis sans désarmer par l’Association.

En effet, les langues sont désormais présentes dans quelques institutions importantes du pays, et un Institut pour leur développement et leur enseignement a vu le jour, suscitant les réjouissances de ses membres, toujours déterminés à aller plus loin.

« Notre souhait, partagé par tant de Mauritaniens, est de consolider et de développer ces acquis, en particulier par la généralisation rapide de l’enseignement par toutes nos langues nationales et leur officialisation », a précisé Bocar, assurant la ferme volonté de l’’ARPRIM de rester constamment un partenaire engagé et constructif pour atteindre cet objectif.

La cérémonie de pose de la première pierre de Galle Pulaar s’est déroulée en présence du Gouvernement, représenté par le ministre Le ministre de la Culture, des Arts, de la Communication et des Relations avec le Parlement, porte-parole du gouvernement, El Houssein Ould Medou.

Le présent siège est un édifice qui incarne à la fois le renforcement de l’unité nationale, la valorisation de l’identité culturelle et l’attention accordée aux langues nationales, s’est déroulée aujourd’hui mardi 23 septembre courant, a déclaré le ministre.

Toujours selon lui, les recherches anthropologiques à Azougui, qui seront étendues à Koumbi Saleh et Aoudaghost, en vue de leur inscription sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO ont repris après cinq décennies d’interruption, a souligné à cette occasion le ministre, selon lequel, des actions sont en cours pour mettre en valeur, à l’instar des cités anciennes du pays, des sites patrimoniaux tels que Téri Toukholé, Djeol, N’daw et la mosquée de Gattaga.

Déclaration : Pour une politique linguistique inclusive, gage de la cohésion nationale et de la diversité culturelle en Mauritanie

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La Coordination des Associations culturelles de langues — composée de l’Association pour la Renaissance du Pulaar en Mauritanie (ARPRIM), de l’Association Mauritanienne pour la Promotion de la Langue et de la Culture Sooninke (AMPLCS), et de l’Association pour la Promotion de la Langue Wolof (APROLAWO) —  exprime sa vive préoccupation face au débat qui agite depuis quelque temps l’opinion nationale, à propos du statut des langues en Mauritanie.

En effet, certaines prises de position et revendications risquent plutôt de porter atteinte aux droits culturels et linguistiques d’une partie importante de Mauritaniens. Elles pourraient ainsi fragiliser davantage la cohésion sociale d’un pays historiquement riche de sa diversité linguistique et culturelle.

En plus, ces positions exclusivistes vont à l’encontre de l’esprit de la Constitution mauritanienne et des engagements internationaux pris par notre pays, notamment :

  • la Convention de l’UNESCO de 2005 sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, qui invite les États à favoriser le multilinguisme et à garantir l’accès à la langue des communautés dans les domaines de l’éducation, des médias et de l’administration.
  • le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (article 27), qui reconnaît aux communautés linguistiques le droit d’« utiliser leur propre langue ».
  • la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (article 17), qui garantit à chaque peuple le droit à sa culture, à sa langue et à leur promotion.

Face à ce débat, qui pourrait engendrer des interprétations et confusions regrettables, nous, Coordination des Associations culturelles de langues, appelons à une politique linguistique inclusive, fondée sur la reconnaissance égale de toutes les langues nationales, dans un esprit de justice, de respect mutuel et de dignité partagée. Concrètement, cela implique :

  1. l’officialisation effective du pulaar, du sooninke et du wolof, par une loi claire définissant leurs rôles, leurs domaines d’usage et les mécanismes concrets de mise en œuvre.
  2. la généralisation rapide de l’enseignement dans les langues nationales à l’école fondamentale, comme recommandé lors des évaluations du BREDA/UNESCO en 1984, et par le ministère de l’Éducation nationale en 1988. Il s’agit là d’un levier essentiel pour une éducation de qualité, inclusive et équitable.
  3. la promotion d’un multilinguisme équilibré, valorisant également les langues étrangères — notamment le français et l’anglais — comme outils de travail, d’apprentissage et d’ouverture sur le monde.

Nous sommes convaincus que la Mauritanie ne pourra bâtir une unité nationale durable qu’en respectant la dignité linguistique de toutes ses composantes. Officialiser l’ensemble des langues nationales, c’est affirmer en effet l’égale citoyenneté de tous les Mauritaniens.

La Coordination des Associations culturelles appelle donc à la mise en place d’une politique linguistique équitable, inclusive et progressiste, gage d’un avenir commun, de cohésion sociale et de paix durable.

Nouakchott, le 20 mai 2025

La Coordination

21 février, Journée internationale de la langue maternelle :

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« 2025 : 25 ans d’efforts pour préserver les langues maternelles et leur diversité »

À l’instar de la communauté internationale, les associations culturelles nationales ARPRIM, AMPLCS et APROLAWO célèbrent chaque année la Journée internationale de la langue maternelle afin de promouvoir l’utilisation des langues maternelles à l’école, encourager la diversité linguistique et culturelle, et renforcer l’unité nationale.

La célébration de cette année met en avant « l’urgence d’accélérer les progrès en matière de diversité linguistique afin de construire un monde plus inclusif et durable d’ici 2030 ». En Mauritanie, elle intervient dans un contexte marqué par :

  • La première année de préparation de la réintroduction de toutes nos langues nationales à l’école. Cette décision, saluée par les associations, repose sur la conviction que l’utilisation de la langue maternelle facilite l’apprentissage, améliore la compréhension des concepts de base et réduit le taux d’abandon scolaire. Elle renforce l’identité culturelle, favorise l’inclusion sociale et prépare mieux les enfants à l’apprentissage des langues secondes. Dans un pays multilingue comme la Mauritanie, une éducation multilingue fondée sur la langue maternelle garantit une meilleure équité et une intégration harmonieuse des élèves dans le système éducatif.
  • L’utilisation des langues nationales Pulaar, Soninke et Wolof dans la communication officielle du pays à travers la plateforme numérique de l’Agence Mauritanienne d’Information (AMI). Toutefois, cette mesure qui constitue une avancée importante, doit être renforcée par la formation des professionnels des médias à la maîtrise des langues nationales et aux techniques du journalisme numérique, ainsi que par l’harmonisation des normes linguistiques. En outre, pour assurer une meilleure présence des langues nationales dans les médias, il est essentiel de garantir la diversité linguistique, de protéger le temps d’antenne qui leur est dédié et d’assurer une répartition équitable des programmes entre les quatre langues nationales.

Aujourd’hui plus que jamais, les associations culturelles se sentent confortées et encouragées par les résultats des recherches en sciences de l’éducation relatives aux théories de l’apprentissage, qui démontrent que l’emploi de la langue maternelle de l’apprenant est crucial pour un apprentissage efficace, comme l’a confirmé notre propre expérience. Celles-ci aboutissent à une même conclusion : les enfants apprennent mieux dans leur langue maternelle.

Les associations culturelles nationales :

  1. Conscientes de la nécessité d’adopter une éducation multilingue, convaincues que « la mondialisation et les idéaux démocratiques suggèrent que les élèves doivent maîtriser couramment, outre leur langue maternelle en premier lieu, des langues internationales et régionales afin d’avoir accès à une société plus large et de participer de manière pertinente au monde dans lequel ils vivent » ;
  2. Confortées par le succès de l’expérimentation menée par l’ex-ILN sur l’enseignement en Pulaar, Soninke et Wolof, comme l’ont attesté les évaluations du BREDA-UNESCO et de notre propre ministère de l’Éducation nationale, qui ont recommandé sa généralisation à l’école ;

Apellent l’État mauritanien à :

  • procéder à une généralisation rapide de l’enseignement en langues nationales dans une optique d’éducation pour tous, de qualité, équitable et inclusive.
  • officialiser les langues nationales Pulaar, Soninke et Wolof, une option décisive et nécessaire à la réussite de l’enseignement en langues nationales.

Nouakchott, le 21 février 2025

La Coordination des Associations

Entretien avec Bocar Amadou Ba, président de l’association pour la Renaissance du Pular en Mauritanie

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Entretien avec Bocar Amadou Ba, président de l’association pour la Renaissance du Pular en Mauritanie Le Calame — L’agence mauritanienne d’information a lancé, il y a quelques jours une plate-forme des média et réseaux sociaux dédiée aux langues nationales Pulaar, Soninké et Wolof. Comment le président de l’association pour la Renaissance du Pulaar en Mauritanie (ARPRIM), a-t-il accueilli, cette initiative ?

Bocar Amadou Ba: Nous accueillons cette initiative avec satisfaction, car elle répond à une demande ancienne et marque une avancée vers une meilleure inclusion des langues nationales dans le numérique. Elle permettra d’améliorer la qualité de l’information en offrant aux journalistes l’accès direct aux informations dans les langues qu’ils utilisent, tout en augmentant la visibilité de ces langues dans la sphère publique.

Depuis plus de 50 ans, notre association plaide pour la promotion des langues nationales, en particulier le pulaar. Nous avons sollicité la Haute Autorité de la Presse et de l’Audiovisuel (HAPA) et l’AMI pour intégrer ces langues dans leurs publications. Cette initiative est donc un pas important vers une meilleure inclusion linguistique en Mauritanie.

Qu’espère ou qu’attend votre organisation de cette initiative ?

Pour que cette initiative ait un véritable impact, notre Association pense que plusieurs mesures d’accompagnement sont nécessaires :

• Formation des professionnels des médias : les journalistes et techniciens doivent être formés à la maîtrise des langues nationales aussi bien à l’écriture qu’à la lecture et aux techniques du journalisme numérique.

• Harmonisation des normes linguistiques :standardiser les orthographes et terminologies en collaboration avec des linguistes, les associations culturelles et l’IPELAN.

• Soutien financier aux médias : le gouvernement doit subventionner les médias qui produisent et diffusent des programmes en langues nationales.

• Sensibilisation et implication des communautés : mener des campagnes d’alphabétisation et de sensibilisation pour encourager l’utilisation des langues nationales. Ces efforts combinés contribueront à préserver, valoriser et moderniser les langues nationales tout en rendant l’information accessible à tous.

Nous aurions souhaité que les Associations culturelles et l’IPELAN soient impliquées dans la préparation et la mise en œuvre de cette initiative. ARPRIM a une longue expérience dans l’utilisation des langues nationales dans le numérique, à travers des plateformes comme pulaar.org, le journal Fooyre Ɓamtaare, et l’animation des réseaux sociaux.

Nous recommandons que les mesures d’accompagnement mentionnées soient mises en place. Nous invitons également les autorités à officialiser toutes les langues nationales afin qu’elles soient utilisées dans la vie publique et l’enseignement. La réintroduction des langues nationales à l’école doit être généralisée rapidement, car, on le sait, les expérimentations passées ont donné des résultats positifs, selon les évaluations du BREDA et du Ministère de l’Éducation nationale en 1984 et 1988.

Dans ces différentes interventions, le président de la République ne cesse de réaffirmer sa détermination à construire et à consolider l’unité nationale et la cohésion sociale. Cette décision de l’AMI viendrait-elle traduire en fait cette volonté politique ?

Cette décision, bien que positive, ne suffit pas à elle seule à traduire cette volonté. Pour renforcer l’unité nationale et la cohésion sociale, il faut reconnaître et valoriser la diversité culturelle et linguistique à travers des politiques inclusives.

Ce qui passe par l’officialisation des langues nationales, leur intégration dans l’administration, l’éducation et les médias, la lutte contre les discriminations, la promotion du dialogue interculturel et un développement équilibré entre les régions. L’éducation au vivre-ensemble et la participation citoyenne sont également essentielles pour bâtir une société juste et solidaire.

L’AMI est l’un des organes officiels du pays et il a donné l’exemple. Qu’attendez-vous de la Radio et de la Télévision pour donner plus de place aux autres langues nationales ? Une étude de la HAPA avait invité les organes de presse, officiels et privés, à accorder plus de place aux autres langues Pulaar, Soninké et Wolof, conformément à la volonté du président de la République, Mohamed Cheikh El Ghazwani et à la Constitution.

Effectivement en 2020 déjà, la HAPA avait recommandé que les médias, publics et privés, accordent plus de place aux langues nationales, à l’issue d’une enquête qui avait montré une faible représentation des langues pulaar, soninké et wolof dans les médias nationaux, surtout dans les médias privés.

Nous espérons que cet appel sera entendu et que les recommandations des associations culturelles, adressées au ministre de l’Information, des Postes et Télécommunications en 1984 et réitérées en 2024 au Directeur de Radio Mauritanie, seront appliquées :

• Respect de la diversité linguistique à tous les niveaux (postes de responsabilité, grille des programmes, heures de grande écoute).

• Protection du temps dédié aux émissions en langues nationales.

• Promotion de la compétence et du sérieux dans le choix du personnel.

• Répartition équitable du temps d’antenne entre les quatre langues nationales.

• Soutien financier aux médias privés (encore rares) en langues nationales.

Ces mesures permettront de renforcer la présence des langues nationales dans les médias et de contribuer au renforcement de l’unité nationale.

Propos recueillis par Dalay Lam
Le 20-02-2025

Source : Cridem

Les langues maternelles : un pont vers la science et le développement

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Pour une société en quête de développement, l’enseignement des sciences dans la langue maternelle des enfants constitue une étape fondamentale. Fondée sur des recherches approfondies en sciences de l’éducation, cette approche favorise la réussite des apprenants en exploitant la symbiose entre langue maternelle et langues étrangères.

Les études convergent sur ce point : l’apprentissage dans la langue maternelle optimise la compréhension des matières et facilite l’acquisition de langues supplémentaires. Ainsi, tout intellectuel soucieux de promouvoir le développement scientifique de sa société doit contribuer à créer les conditions propices à cette démarche.

Il est déconcertant de voir certains pointer les difficultés d’application pour repousser un projet déjà en retard depuis plus d’un demi-siècle, alors que cette attitude ne fait que perpétuer l’échec. En Mauritanie, la loi actuelle incite certes des craintes en ce qui concerne son aspect qui tend à faire de l’arabe la langue unique du système éducatif. Je maintiens qu’il est nécessaire de veiller sur cette problématique.

Je lance ainsi un appel aux critiques pour qu’ils ciblent le vrai problème – le système éducatif actuel et son hégémonie linguistique – plutôt que de s’en prendre aux solutions potentielles. Blâmer l’usage des langues à l’école pour des effets hypothétiques, alors que ce système n’a pas encore été mis en œuvre, est irrationnel. En tout cas, il ne peut en aucun cas être comptable de l’état de détresse actuel que connait la jeunesse du pays. Le vrai responsable est ailleurs…

Il est temps de réformer en profondeur notre système éducatif, qui accuse des décennies d’échec, pour offrir une éducation de qualité à notre jeunesse dans sa diversité.

Le 13 octobre 2024
Mouhamadou Sy

 A propos de l’article du Professeur Toka Diagana

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A propos de l’article du Professeur Toka Diagana

Kassataya – J’ai lu avec beaucoup d’attention l’article de l’éminent professeur Toka Diagana, sur le thème : « Langue, culture et développement : naviguer dans le dilemme éducatif de la Mauritanie».

Alors que ce débat anime la Mauritanie depuis des années, ma surprise est grande de ne découvrir la position du professeur que maintenant. Après lecture de son article, j’ai été poussé à vérifier sa date de publication, tant les arguments de l’auteur me paraissaient tirés d’une époque révolue, quand les langues nationales étaient alors reléguées au simple rôle de langues de folklore dans les réformes de l’éducation.

En effet, en 1979, une réforme audacieuse a été mise en place par le Comité militaire de Salut National (CMSN), avec une volonté affichée d’intégrer toutes nos langues nationales dans le système éducatif. Cette politique aboutit à la création de l’Institut des Langues Nationales (ILN), chargé notamment de préparer l’introduction des langues nationales dans les écoles, et d’ouvrir la voie à leur officialisation.

En dépit des moyens financiers limités, les résultats de cette expérience ont été jugés probants, comme en témoignent les évaluations de Breida/Unesco (1984) et du ministère de l’Enseignement (1988), qui recommandèrent la généralisation de cet enseignement à toutes les écoles du pays.

Le professeur ignore t-il à ce point cette expérience ? Sait-il que les élèves formés dans ce système se distinguaient particulièrement dans les matières scientifiques ? Que certains d’entre eux sont aujourd’hui des personnalités éminentes dans des domaines tels que la médecine, l’informatique ou l’ingénierie, et que d’autres ont poursuivi avec succès leurs études supérieures dans d’autres pays, certains même aux États-Unis, où il réside lui-même actuellement ? Le professeur serait sans doute étonné d’apprendre que, dès 1987-1988, ces élèves, après seulement deux ans d’apprentissage du français, surpassaient souvent leurs camarades issus du cursus traditionnel qui avaient six ans de français derrière eux.

Pour répondre au professeur, qui semble semble focaliser ses arguments sur le développement économique, la maîtrise des sciences et des technologies, l’emploi et l’avenir de la jeunesse, je m’appuierai sur les avis de l’Unesco, référence mondiale en matière de culture et de science, ainsi que sur ceux de la Banque mondiale, incontournable en termes de politiques économiques et linguistiques. Sans oublier les analyses des spécialistes de l’éducation et en tenant compte de l’expérience riche, apparemment méconnue de beaucoup, de l’Institut des Langues Nationales (ILN) entre 1979 et 1999.

1. Du développement économique, des langues internationales, des sciences et techniques…

L’affirmation selon laquelle l’enseignement des langues nationales détournerait les ressources des objectifs de développement me semble erronée. Les recherches menées par l’UNESCO et d’autres institutions montrent qu’un enseignement en langue maternelle améliore significativement les résultats scolaires, en particulier dans les premières années d’apprentissage. Lorsque les élèves comprennent la langue d’enseignement, ils acquièrent plus rapidement des compétences de base comme la lecture et les mathématiques, ce qui facilite ensuite l’apprentissage des matières plus complexes, y compris les langues étrangères et les STEM (sciences, technologie, ingénierie et mathématiques). Chose confirmée par notre propre expérience, celle de l’ILN.

Comme l’indique la Banque Mondiale (Haut et fort : Enseigner aux enfants dans une langue qu’ils utilisent et comprennent), l’enseignement dans une langue que les enfants comprennent est un facteur essentiel pour réduire la pauvreté des apprentissages et améliorer l’équité dans l’éducation. L’enseignement des langues nationales ne détourne pas des ressources du progrès économique, mais permet au contraire de créer une base solide pour l’acquisition de compétences avancées en sciences et technologies. Les langues internationales seront introduites progressivement, une fois que les élèves auront acquis des bases solides dans leur langue maternelle (en 2AF pour le français et en 1ère année du collège pour l’anglais, dans le dispositif actuel de la réforme).

2. Langues nationales et infrastructures académiques

Il est vrai que les langues nationales nécessitent des terminologies spécialisées et du matériel pédagogique adéquat pour enseigner des matières techniques. Toutefois, cela ne justifie pas l’abandon de leur intégration dans le système éducatif. L’expérience d’autres pays, tels que le Mali ou l’Éthiopie, montre qu’avec la volonté politique et des investissements ciblés, il est possible de développer des terminologies scientifiques dans des langues locales.

L’Institut des Langues Nationales en Mauritanie a déjà réalisé des progrès importants, en matière de développement de matériels pédagogiques, dans les langues nationales. Des instituts similaires dans d’autres pays ont réussi à créer des ressources linguistiques pour des disciplines complexes. Des articles et livres en mathématiques supérieures, en physique, en biologie, philosophie, sociologie, médecine, littérature etc. sont déjà disponibles dans nos langues nationales. De plus, la formation des enseignants peut se faire progressivement, comme cela a été recommandé par les spécialistes de l’Éducation. Par conséquent, cela ne devrait pas être une raison pour retarder indéfiniment l’introduction des langues nationales dans le système éducatif.

3. Conséquences pour la jeunesse mauritanienne

L’affirmation selon laquelle l’enseignement des langues nationales désavantagerait les jeunes par rapport au marché mondial me semble également simpliste. Elle ne reflète pas la complexité du développement éducatif. De nombreuses études, notamment celles menées par des psychologues de l’éducation, montrent que l’enseignement en langue maternelle renforce la confiance des apprenants, les rendant plus aptes à apprendre des langues étrangères par la suite.

L’UNESCO recommande depuis longtemps une éducation multilingue, où l’enseignement commence dans la langue maternelle avant d’introduire progressivement les langues internationales. Cette approche s’est avérée efficace dans des contextes similaires, par exemple au Bangladesh et au Ghana, où les élèves bilingues ou multilingues ont obtenu de meilleurs résultats scolaires et ont mieux réussi à intégrer les compétences techniques requises pour le marché du travail international.

En Mauritanie, l’enseignement des langues nationales peut être vu comme un tremplin vers la maîtrise des compétences globales, et non comme une menace. Une bonne maîtrise des langues locales permet également aux jeunes d’interagir efficacement avec leur propre société tout en s’ouvrant au reste du monde. Bien sûr tout cela dépendra du sérieux; de la sincérité et de la volonté que les décideurs politiques mettrons pour obtenir les résultats escomptés.

4. Une approche pragmatique des objectifs linguistiques et de développement

L’argument qui propose une approche mesurée, où les langues nationales seraient enseignées uniquement dans des contextes culturels, limite la fonction éducative de celles-ci. Les études de la Banque Mondiale, ainsi que les résultats des expériences menées dans plusieurs pays, soulignent que les langues locales ne doivent pas être confinées à un usage culturel, mais doivent être des outils pédagogiques pour toutes les matières, y compris les STEM.

L’intégration progressive des langues nationales, telle que recommandée par des spécialistes, avec un appui institutionnel et des ressources adéquates, n’est pas en contradiction avec les objectifs de développement. Au contraire, elle permet une éducation plus inclusive et de meilleure qualité, qui contribue à combler le fossé de développement à long terme.

5. Une approche équilibrée et durable

La conclusion du texte repose sur une fausse dichotomie entre préservation linguistique et progrès économique. En réalité, l’une n’exclut pas l’autre. Comme le montrent les expériences d’autres pays, l’enseignement en langues nationales peut coexister avec un apprentissage efficace des compétences techniques et des langues internationales.

Les recommandations de l’UNESCO et de la Banque Mondiale soutiennent fermement que l’enseignement en langues maternelles renforce l’apprentissage et permet aux élèves d’acquérir des compétences plus avancées dans toutes les disciplines. Plutôt que de nuire au développement, l’intégration des langues nationales dans le système éducatif mauritanien renforcerait la cohésion sociale, améliorerait les résultats scolaires (l’expérience de l’ILN le confirme) et ouvrirait des opportunités économiques pour une large partie de la population.

6. En guise de conclusion

L’intégration des langues nationales dans le système éducatif mauritanien est non seulement un droit culturel, mais aussi une nécessité pour améliorer la qualité de l’enseignement, de l’éducation et du développement socio-économique du pays. Les recommandations internationales et les expériences mondiales montrent que cette approche est pragmatique et bénéfique. Une éducation multilingue, qui commence par les langues nationales et introduit progressivement les langues internationales, offrira aux jeunes Mauritaniens les compétences dont ils ont besoin pour prospérer dans un monde globalisé, sans sacrifier leur identité culturelle.

Telle est ma conviction profonde.

Bocar Amadou Bâ

Langue, culture et développement : naviguer dans le dilemme éducatif de la Mauritanie

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Toka DIAGANA : « Ceci est ma position sur l’enseignement des langues nationales en Mauritanie. Je pense que c’est une grosse perte de temps pour un pays comme la Mauritanie. Ceux qui veulent traduire le texte dans d’autres langues (Francais, Arabe, Pular, Soninke, ou Woolof), sont autorises a le faire. »

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Toka Diagana

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La Mauritanie, terre d’une profonde diversité ethnique et linguistique, se trouve à la croisée des chemins entre la préservation de son riche patrimoine culturel et la prise en compte des défis pressants du développement moderne.

Le débat autour de l’inclusion des langues nationales – hassaniya, peuls, soninke et wolof – dans le système éducatif est un débat qui suscite à la fois passion et disputes. Bien que ces langues incarnent les identités culturelles de leurs communautés respectives, la question demeure : est-ce que la priorité à l’enseignement des langues nationales sert vraiment le bien de la jeunesse mauritanienne, ou risque-t-elle de détourner les ressources limitées du pays de répondre à ses besoins de développement les plus urgents ?

Cette réflexion soutient que, si la préservation et la promotion des langues nationales sont importantes, elles ne doivent pas se faire aux dépens des préoccupations les plus immédiates et les plus critiques du pays. Au lieu de cela, il faudrait adopter une approche plus stratégique et pragmatique – une approche qui privilégie le progrès économique et technologique tout en permettant la culture progressive et réfléchie du patrimoine linguistique.

1. Combler le fossé de développement

La Mauritanie, malgré ses abondantes richesses naturelles et culturelles, accuse du retard dans de nombreux domaines clés : éducation, innovation technologique, infrastructures, soins de santé et diversification économique. Ces écarts ne sont pas seulement des indicateurs abstraits ; ils se traduisent par de réelles difficultés pour la population, avec un taux de chômage élevé, des résultats scolaires médiocres et des possibilités limitées pour les jeunes d’entrer sur le marché du travail.

Dans un tel contexte, est-il justifiable d’allouer un temps et des ressources éducatives précieux à l’enseignement des langues nationales lorsqu’il y a un besoin plus urgent de maîtriser les langues scientifiques, technologiques et internationales ? Dans le monde interconnecté d’aujourd’hui, la maîtrise des domaines STEM (Science, Technologie, Ingénierie et Mathématiques), ainsi que des langues mondiales comme le français et l’anglais, n’est pas seulement bénéfique mais essentielle pour toute nation qui aspire à rivaliser sur la scène mondiale. Négliger cette réalité risque de condamner une génération de jeunes mauritaniens à la marginalisation économique.

La priorité des langues nationales dans l’enseignement, bien qu’elle soit culturellement significative, risque de détourner l’attention du besoin pressant de progrès scientifique et technologique. Un programme éducatif doit avant tout doter les jeunes des outils nécessaires pour combler le fossé de développement et propulser le pays vers un avenir prospère. La Mauritanie doit s’engager plus rigoureusement dans le développement des compétences qui permettront à sa jeunesse d’exceller dans l’économie

2. Langues nationales

Il ne fait aucun doute que les langues nationales de la Mauritanie sont des expressions inestimables de la diversité ethnique et de la richesse culturelle du pays. Pourtant, l’infrastructure académique nécessaire pour élever ces langues en outils efficaces pour l’éducation moderne est loin d’être prête. Les terminologies spécialisées nécessaires pour enseigner des matières telles que les mathématiques, la physique, la biologie ou l’informatique dans ces langues n’ont pas encore été pleinement développées. En outre, il y a un manque flagrant d’éducateurs qualifiés et de matériels pédagogiques de haute qualité capables de soutenir un projet éducatif aussi ambitieux.

Tenter prématurément d’intégrer les langues nationales dans le système éducatif formel, sans poser les bases académiques nécessaires, pourrait compromettre la qualité de l’enseignement et entraver le succès des étudiants. Ce serait semblable à essayer de construire un bâtiment sans avoir d’abord sécurisé une fondation stable. Le développement des langues nationales en moyens d’enseignement fonctionnels nécessite des années de recherche dédiée, la création de lexiques spécialisés et la formation d’éducateurs possédant des compétences linguistiques avancées.

Une approche plus judicieuse serait que chaque communauté linguistique s’engage dans des recherches sérieuses visant à améliorer la capacité d’éducation de sa langue. Cela pourrait impliquer la création d’instituts de recherche linguistique dédiés au développement des langues nationales, la création de ressources académiques et la formation d’enseignants qualifiés. Ce n’est que lorsque ces langues ont subi le processus de maturation nécessaire qu’elles devraient être intégrées dans le programme d’enseignement, et même alors, progressivement et stratégiquement.

3. Les conséquences potentielles pour la jeunesse de Mauritanie

L’une des plus graves préoccupations dans la priorité des langues nationales dans le système éducatif mauritanien est le risque de compromettre les perspectives des jeunes. Au 21e siècle, les compétences techniques et scientifiques sont les clés pour libérer les opportunités économiques, et la plupart de ces compétences sont actuellement diffusées dans les langues mondiales. Si les langues nationales sont prioritaires sur les sciences, les mathématiques et les langues reconnues à l’échelle internationale, les étudiants pourraient se trouver mal équipés pour rivaliser sur un marché mondial de plus en plus concurrentiel.

En outre, l’intégration des langues nationales comme outils primaires d’enseignement risque d’isoler les étudiants mauritaniens de l’économie mondiale de la connaissance. Les disciplines universitaires les plus avancées – que ce soit en médecine, en ingénierie ou en technologie de l’information – sont enseignées et communiquées dans des langues internationales. Un programme scolaire trop axé sur les langues nationales au détriment de ces matières vitales pourrait laisser les étudiants mauritaniens dans un grave désavantage, tant sur le plan scolaire que professionnel.

Le rôle de l’éducation est de préparer les jeunes à contribuer activement au développement national et à rivaliser efficacement sur le marché international du travail. Les langues nationales, bien qu’elles soient culturellesment importantes, devraient compléter – et non remplacer – l’enseignement des compétences et des connaissances mondiales.

4. Une approche pragmatique des objectifs linguistiques et de développement

Plutôt que d’encadrer le débat en termes de choix binaire entre développement et préservation linguistique, la Mauritanie devrait adopter une approche équilibrée et prospective. Cela impliquerait d’abord de renforcer l’enseignement des langues internationales et des compétences techniques tout en investissant simultanément dans la recherche et le développement des langues nationales. Une fois que ces langues auront été fortifiées académiquement, leur introduction dans le programme d’études pourrait se faire sans compromettre la qualité de l’éducation ou les perspectives d’avenir de la jeunesse du pays.

Entre-temps, les langues nationales pourraient être enseignées dans le contexte des études culturelles, de l’histoire ou des traditions orales, permettant aux étudiants de maintenir un lien avec leur patrimoine linguistique sans sacrifier les compétences mondiales critiques. Cette approche mesurée préserverait l’intégrité culturelle des différentes communautés de la Mauritanie tout en garantissant que les étudiants sont dotés des compétences dont ils ont besoin pour prospérer dans un monde de plus en plus compétitif.

5. Conclusion

En conclusion, si l’enseignement des langues nationales est une entreprise culturelle importante, son intégration prématurée dans le système éducatif risque de faire dérailler les efforts de la Mauritanie pour répondre à ses besoins de développement les plus urgents. Le pays doit donner la priorité à l’acquisition de compétences scientifiques et techniques, ainsi qu’à la maîtrise des langues internationales, afin de combler le fossé de développement et préparer sa jeunesse à un avenir brillant et prospère.

Le développement des langues nationales, tout en étant essentiel pour la préservation de la culture, doit être abordé avec la rigueur académique et la planification à long terme nécessaires. Ce n’est qu’alors que ces langues pourront devenir des outils efficaces d’éducation sans compromettre les objectifs plus larges du pays en matière de progrès économique et de compétitivité Une approche équilibrée qui honore à la fois la diversité culturelle de la Mauritanie et ses aspirations au développement ouvrira la voie à un avenir plus durable et prospère. De cette façon, la Mauritanie peut réaliser le meilleur des deux mondes : nourrir ses racines culturelles tout en assurant un avenir florissant à sa jeunesse dans un monde mondialisé.

Toka DIAGANA

21 février, Journée internationale de la langue maternelle :« L’éducation multilingue, une nécessité pour transformer l’éducation »

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Le 21 février est la journée internationale de la langue maternelle, proclamée par l’UNESCO en 2000. A l’instar de la Communauté internationale, les Associations culturelles nationales ARPRIM, AMPLCS et APROLAWO la célèbrent chaque année en vue de favoriser l’utilisation des langues maternelles à l’école, encourager la diversité linguistique et culturelle, et renforcer l’unité nationale.

Le thème de ce 21 février 2023 est : « L’éducation multilingue, une nécessité pour transformer l’éducation », une éducation qui, selon l’Unesco, « commence dans la langue que l’apprenant maîtrise le mieux, puis introduit progressivement d’autres langues. » Cette approche basée sur l’enseignement par la langue maternelle d’abord, accorde une place importante aux langues internationales et contribue ainsi au développement de sociétés plus ouvertes, inclusives et tolérantes, permet la coexistence des cultures, et des visions différentes du monde.

Aujourd’hui plus qu’hier, les Associations culturelles sont confortées et encouragées par les résultats des recherches dans les sciences de l’éducation se rapportant aux théories des apprentissages. La recherche et l’expérience ont clairement établi que l’emploi de la langue maternelle de l’apprenant est crucial pour un apprentissage efficace, comme l’attestent, entre autres :

  • les expériences et études menées à travers le monde, relatives à l’apprentissage par la langue maternelle, qui ont toutes abouti à la même conclusion ; à savoir que les enfants apprennent mieux dans leur langue maternelle.
  • l’expérimentation réussie de l’enseignement par nos langues nationales pulaar, sooninke et wolof selon des évaluations extérieures (Breda-Unesco) et internes (MEN), menée en Mauritanie entre 1979 et 1999 par le défunt Institut des Langues Nationales (ILN), qui ont toutes deux recommandé leur généralisation à l’école.

Dans notre pays, ce 21 février intervient après la création de l’Institut pour la Promotion et l’Enseignement des Langues Nationales (IPELAN), jalon important pour relever le premier défi auquel est confronté notre système éducatif national.

Les Associations culturelles nationales, conscientes de la nécessité d’adopter une éducation multilingue du fait que « la mondialisation et les idéaux démocratiques suggèrent que les élèves doivent maîtriser couramment, outre leurs langues maternelles en premier lieu, des langues internationales et régionales pour avoir accès à une société plus large et participer d’une manière pertinente au monde dans lequel ils vivent », recommandent à l’Etat mauritanien :

  • de rendre effectif, dans les meilleurs délais et conditions d’efficacité optimale l’enseignement par nos langues nationales à tous les niveaux du système éducatif dans une optique d’éducation pour tous, de qualité, équitable et inclusive ;
  • de doter IPELAN  d’un personnel stable sur la base de la compétence, de l’engagement et du mérite ;
  • d’officialiser les langues nationales Pulaar, Sooninke et Wolof, option décisive et nécessaire à la réussite de l’enseignement en langues nationales.

Nouakchott, le 21 février 2023

La Coordination des Associations